Cacao : 90 % de succès contre le Swollen Shoot, faut-il déjà parler de révolution ?
Face à la maladie qui a fait arracher plus de 105 000 hectares de cacaoyères, des chercheurs ivoiriens annoncent une alternative brevetée à 90 % de succès.
Pendant des années, lorsqu'une parcelle de cacao était gravement touchée par le Swollen Shoot, la principale réponse consistait à arracher les cacaoyers contaminés. Des chercheurs ivoiriens annoncent désormais 90 % de succès avec des bio-solutions testées sur plus de 300 hectares. Prometteur, mais pas encore suffisamment validé pour crier victoire.
Pourquoi cette maladie coûte si cher aux planteurs
Le Swollen Shoot n'est pas une petite maladie que l'on traite avec quelques produits phytosanitaires. Il s'agit d'une maladie virale mortelle du cacaoyer, présente en Côte d'Ivoire depuis les années 1940 et aujourd'hui répandue dans presque toutes les zones de production du pays.
Pour un planteur, le problème est simple : un arbre malade produit moins, puis peut finir par mourir. Et lorsqu'un foyer est détecté, la méthode utilisée jusqu'ici consiste essentiellement à arracher les pieds infectés pour freiner la propagation. Le ministre de l'Agriculture, Bruno Nabagné Koné, rappelait encore cette consigne le 26 juillet dernier en visitant une plantation contaminée à Guitrozon, dans le Guémon.
L'ampleur historique du problème donne une idée du choc économique. Entre 2018 et 2021, le programme national de lutte a fait arracher 105 015 hectares de cacaoyères infectées, pour un budget d'une vingtaine de milliards de FCFA, avec une prime de 50 000 FCFA par hectare arraché versée aux planteurs. À l'époque, 70 000 hectares supplémentaires avaient déjà été identifiés comme contaminés. Ces chiffres datent de 2021 et ne représentent donc pas la superficie infectée aujourd'hui.
En 2026, la menace reste suffisamment sérieuse pour que la Côte d'Ivoire et le Ghana, les deux premiers producteurs mondiaux, aient engagé une nouvelle stratégie commune de lutte, élaborée avec l'appui de la FAO.
Ce que les chercheurs ivoiriens annoncent
C'est dans ce contexte que l'annonce du Conseil des ministres du 5 août 2026 attire l'attention.
Une équipe de l'Université Nangui Abrogoua (UNA) d'Abobo-Adjamé, dirigée par le professeur Mamadou Doumbia, travaille depuis 2004 sur une alternative à l'arrachage systématique. Après deux décennies de recherches et d'optimisation en champs expérimentaux, elle a développé un ensemble de bio-solutions à base de matières organiques naturelles, agissant en synergie pour traiter et contrôler la maladie. Ces bio-solutions ont été brevetées, sous une marque 100 % « Made in Côte d'Ivoire ».
Selon le gouvernement, elles ont été appliquées depuis 2014 sur plus de 300 hectares, dans toutes les zones agro-climatiques de production de cacao du pays.
Résultat annoncé : 90 % de succès après neuf mois de traitement.
Si cette efficacité est confirmée à grande échelle, l'enjeu pour les producteurs pourrait être énorme. Un planteur pourrait potentiellement conserver davantage de cacaoyers au lieu d'arracher une parcelle contaminée, replanter et attendre que les nouveaux arbres recommencent à produire.
Autrement dit : moins d'années de production perdues, moins de replantation et potentiellement davantage de revenus préservés.
Mais combien un planteur pourrait-il économiser ?
Pour l'instant, impossible de donner un chiffre sérieux.
Le gouvernement n'a pas communiqué le prix du traitement par hectare, le nombre d'applications nécessaires, le coût de production des bio-solutions ni le gain moyen de rendement obtenu après traitement.
Le communiqué ne précise pas non plus exactement ce que recouvre le « taux de succès de 90 % » : guérison des plants, contrôle de la maladie, survie des arbres ou autre indicateur scientifique.
Ces informations seront indispensables pour savoir si la solution est seulement efficace en expérimentation ou également rentable et facilement accessible pour un petit planteur.
Une découverte prometteuse, mais pas encore un traitement généralisé
C'est le point le plus important.
Le gouvernement lui-même demande la poursuite d'études scientifiques complémentaires avant une validation pleine et entière. Il prévoit également de renforcer les capacités de production des bio-solutions.
Les 300 hectares déjà traités constituent donc un résultat intéressant, mais ils ne signifient pas que tous les producteurs ivoiriens peuvent dès aujourd'hui abandonner l'arrachage.
Pour l'instant, les planteurs confrontés à des arbres suspects doivent continuer à se rapprocher des structures d'encadrement agricole et suivre les recommandations sanitaires officielles. Fin juillet encore, le ministère de l'Agriculture recommandait l'arrachage rapide des arbres infectés pour limiter la propagation.
À retenir : Les bio-solutions brevetées de l'Université Nangui Abrogoua affichent 90 % de succès sur plus de 300 hectares selon le gouvernement. Si ce résultat est confirmé scientifiquement et à grande échelle, elles pourraient profondément changer la lutte contre le Swollen Shoot. Mais au 10 août 2026, la validation complète et le coût pour les planteurs restent inconnus.
SOURCES
- Conseil des ministres : une découverte de chercheurs ivoiriens ouvre une nouvelle ère dans la lutte contre le Swollen Shoot (AIP, 05/08/2026)
- Cacao : une découverte 100 % ivoirienne redonne espoir face au Swollen Shoot (KOACI, 05/08/2026)
- Lutte contre le Swollen Shoot : plus de 105 mille hectares de cacao arrachés de 2018 à 2021 (Conseil du Café-Cacao)
- Bruno Koné découvre les ravages du Swollen Shoot dans une plantation à Guitrozon (Afrik Soir)
- Filière cacao : la Côte d'Ivoire et le Ghana font front commun contre le Swollen Shoot (FratMat)