Du téléphone rare au mobile money : comment la Côte d’Ivoire a sauté dans l’ère numérique
60 millions de lignes mobiles, 99 millions de comptes de monnaie électronique... mais combien d'utilisateurs réels ? La révolution numérique, décryptée.
Pendant les premières décennies de l’Indépendance, disposer d’une ligne téléphonique restait un privilège urbain. En mars 2026, la Côte d’Ivoire comptait plus de 60 millions d’abonnements mobiles et près de 41 millions d’abonnements à l’internet mobile. Mais ces chiffres ne correspondent pas à autant de personnes. Derrière cette révolution des cartes SIM se joue une transformation plus profonde : le téléphone est devenu un outil de travail, de commerce et de paiement.
Un commerçant peut aujourd’hui appeler son fournisseur, photographier sa marchandise, publier son catalogue sur les réseaux sociaux et recevoir le paiement d’un client depuis le même appareil.
Une famille peut régler une facture sans passer plusieurs heures dans une file d’attente. Un parent installé à Abidjan peut envoyer de l’argent à Korhogo ou Man en quelques secondes. Un étudiant peut suivre une formation, consulter ses résultats ou effectuer une démarche administrative depuis son téléphone.
Ce quotidien aurait semblé presque irréel au début des années 1990.
À cette époque, le téléphone ivoirien était encore principalement fixe, rare et concentré à Abidjan, dans les administrations, les entreprises et les ménages les plus aisés. Le mobile a permis au pays de contourner le coût et la lenteur du raccordement de chaque habitation au réseau filaire.
Mais pour mesurer correctement cette transformation, il faut commencer par séparer quatre chiffres souvent confondus.
Les quatre indicateurs à ne pas confondre
| Indicateur | Dernier chiffre officiel disponible | Ce qu’il mesure réellement |
|---|---|---|
| Abonnements mobiles | 60 155 998 en mars 2026 | Lignes ou cartes SIM actives selon la définition du régulateur |
| Utilisateurs mobiles uniques | Non publié dans le rapport trimestriel de l’ARTCI | Personnes dédupliquées possédant ou utilisant au moins une ligne |
| Comptes de monnaie électronique ouverts | 99 649 204 fin 2024 | Portefeuilles enregistrés auprès de l’ensemble des fournisseurs |
| Comptes de monnaie électronique actifs | 26 370 627 fin 2024 | Comptes ayant réalisé au moins une opération durant les 90 jours précédents |
Ces chiffres ne sont pas interchangeables.
Une personne peut posséder trois cartes SIM, utiliser deux téléphones et détenir quatre portefeuilles de mobile money. Elle ne représente pourtant qu’un seul utilisateur humain.
À l’inverse, un téléphone peut être partagé par plusieurs membres d’un ménage. Le nombre de lignes ne permet donc pas, à lui seul, de savoir combien d’Ivoiriens disposent réellement d’un appareil ou utilisent régulièrement internet.
1960-1990 : le téléphone, privilège urbain
À l’Indépendance, le réseau de télécommunications repose essentiellement sur des infrastructures fixes développées autour des centres administratifs et économiques.
Installer une ligne exige de tirer un câble jusqu’au bâtiment, de disposer d’un central téléphonique suffisamment équipé et d’assurer la maintenance du réseau. Dans une ville qui s’étend rapidement ou dans une zone rurale éloignée, cette opération est coûteuse.
Les particuliers non raccordés dépendent alors des bureaux de poste, des cabines publiques et, plus tard, des télécentres privés. Ces lieux deviennent des intermédiaires indispensables : on y reçoit un appel, on laisse un message ou l’on paie à la minute pour joindre un proche. Des études consacrées aux cabines téléphoniques ivoiriennes montrent que leur développement répondait précisément à la rareté des lignes individuelles.
En 1997, la Côte d’Ivoire ne comptait encore qu’environ 1,03 ligne fixe pour 100 habitants. Le réseau progressait, mais trop lentement pour répondre rapidement à la demande d’une population croissante.
1994-1997 : trois changements bouleversent le secteur
Le premier téléphone cellulaire
Les chronologies sectorielles situent le début du service cellulaire commercial en 1994, avec Comstar et son offre Cora. Il s’agissait d’un service précédant la généralisation du GSM et encore destiné à une clientèle capable de payer des terminaux et des communications coûteux.
Le téléphone pouvait désormais fonctionner sans câble reliant directement le client au central. Mais il restait loin d’être un équipement populaire.
L’arrivée du GSM et de la concurrence
La véritable accélération intervient à partir de 1996 avec l’arrivée d’opérateurs GSM, notamment Ivoiris et Telecel.
Le GSM facilite la diffusion des cartes SIM, le développement des offres prépayées et l’élargissement progressif de la couverture. Plusieurs opérateurs peuvent construire leurs propres réseaux d’antennes et rivaliser sur les tarifs, la couverture et les promotions.
La privatisation du réseau fixe
Au début de 1997, France Câble Radio, filiale de France Télécom, acquiert 51 % de l’opérateur national Citelcom pour environ 105 milliards de FCFA. La nouvelle organisation bénéficie d’une exclusivité de sept ans sur les principaux services fixes.
La réforme doit attirer des investissements et moderniser le réseau. Mais elle produit aussi un contraste durable : le fixe avance sous un régime d’exclusivité, tandis que le mobile se développe dans un environnement concurrentiel.
Pourquoi le mobile a gagné
Entre 1997 et 2001, la densité du téléphone fixe passe de 1,03 à environ 1,8 ligne pour 100 habitants.
Sur la même période, la pénétration du mobile bondit de 0,26 à 4,46 abonnements pour 100 habitants. Le mobile partait de presque zéro, mais sa vitesse de croissance annonçait déjà la suite.
Plusieurs raisons expliquent ce succès.
L’opérateur n’a pas besoin d’installer un câble dans chaque maison. Une antenne permet de couvrir simultanément une zone entière. Le client peut acheter une carte SIM sans attendre un raccordement individuel. Le prépayé lui permet de contrôler sa dépense sans recevoir une facture mensuelle.
Le téléphone peut également être partagé. Dans les années 2000, posséder un appareil et revendre des minutes ou recevoir des appels pour son entourage devient une petite activité économique.
La concurrence accélère enfin la baisse du prix des communications, des cartes SIM et des téléphones.
Le grand saut technologique ivoirien
Les économistes parlent de leapfrogging, ou saut technologique, lorsqu’un pays adopte directement une technologie récente sans avoir entièrement généralisé celle qui la précède.
La Côte d’Ivoire n’a pas supprimé le téléphone fixe. Elle a développé le mobile beaucoup plus vite et à une échelle incomparablement plus grande.
En mars 2026, l’ARTCI comptait 235 855 abonnements au téléphone fixe, contre plus de 60,1 millions d’abonnements mobiles.
Ce saut ne signifie toutefois pas que les infrastructures physiques sont devenues inutiles. Les appels, messages et données mobiles dépendent toujours :
- des antennes ;
- de la fibre optique reliant les équipements ;
- des câbles sous-marins ;
- des centres de données ;
- de l’électricité ;
- des réseaux internationaux.
Le téléphone paraît sans fil dans la main de l’utilisateur. Derrière lui se trouve pourtant une infrastructure lourde.
Plus de 60 millions de lignes ne signifient pas 60 millions d’utilisateurs
Au 31 mars 2026, l’ARTCI recensait exactement 60 155 998 abonnements mobiles :
- Orange : 30,54 millions, soit environ 51 % ;
- MTN : 17,20 millions, soit 28 % ;
- Moov Africa : 12,41 millions, soit 21 %.
Ces parts mesurent le nombre de lignes. Elles ne permettent pas, à elles seules, de juger la qualité du service, les revenus des opérateurs ou le nombre de personnes effectivement clientes.
Le total dépasse largement la population parce que le marché est fortement multi-SIM.
Un commerçant peut utiliser une ligne pour ses clients et une autre pour sa famille. Un habitant peut garder plusieurs opérateurs afin de profiter de tarifs préférentiels ou de compenser une couverture inégale. Des entreprises possèdent également des flottes de cartes destinées à leurs salariés ou à leurs équipements.
Le rapport trimestriel de l’ARTCI ne publie pas, à côté des lignes, un nombre consolidé et dédupliqué d’utilisateurs mobiles uniques. Affirmer que plus de 60 millions de personnes utilisent le mobile serait donc faux.
La data remplace progressivement la voix comme moteur
La deuxième révolution est celle de l’internet mobile.
En mars 2026, le pays comptait 40 912 479 abonnements à l’internet mobile, en hausse de 15,2 % par rapport à mars 2025. Le nombre d’abonnements à l’internet fixe s’élevait à 816 207, dont environ 65 % par fibre optique.
L’écart illustre le rôle central du téléphone dans l’accès au numérique.
Mais, là encore, 40,9 millions d’abonnements internet ne signifient pas 40,9 millions d’internautes différents. Une personne peut utiliser plusieurs cartes SIM compatibles avec la data.
Les estimations de l’Union internationale des télécommunications, reprises par la Banque mondiale, situaient la part des personnes utilisant effectivement internet à environ 41 % de la population en 2024. La mesure repose sur des individus, et non sur le nombre de lignes.
Sur le plan économique, l’internet progresse rapidement. Au premier trimestre 2026, les revenus de l’internet mobile atteignaient environ 165,7 milliards de FCFA hors taxes, en hausse de 32,9 % sur un an. Les revenus totaux du marché mobile s’élevaient à près de 279,7 milliards de FCFA sur la même période.
Le téléphone ne sert donc plus principalement à parler. Il sert à regarder des vidéos, envoyer des messages vocaux, vendre, travailler, apprendre, chercher un itinéraire ou effectuer une démarche.
2008 : le téléphone commence à devenir portefeuille
Orange Money est lancé en Côte d’Ivoire en 2008. D’autres opérateurs développent ensuite leurs propres services de monnaie électronique.
Le principe est simple : le numéro de téléphone est associé à un portefeuille électronique. L’utilisateur dépose des espèces chez un agent, reçoit la valeur correspondante sur son compte et peut ensuite transférer, payer ou retirer cet argent.
L’arrivée de nouveaux acteurs, notamment Wave à partir de 2021, intensifie la concurrence sur les prix et popularise les transferts à faible coût.
Juridiquement, le portefeuille n’est pas seulement une fonction ajoutée à la carte SIM. La monnaie électronique est émise par une entité agréée ou par un établissement travaillant dans le cadre défini par la BCEAO. Elle obéit à des règles différentes de celles d’un abonnement téléphonique.
99,6 millions de comptes ouverts, mais 26,4 millions réellement actifs
À la fin de 2024, la BCEAO recensait en Côte d’Ivoire :
- 99 649 204 comptes de monnaie électronique ouverts ;
- 26 370 627 comptes actifs ;
- soit un taux d’activité de 26,46 %.
Pour la BCEAO, un compte est considéré comme actif lorsqu’il a effectué au moins une transaction au cours des 90 jours précédents.
Le nombre de comptes ouverts est près de trois fois supérieur à la population nationale. Cela ne signifie pas que chaque habitant possède trois portefeuilles. Certains n’en ont aucun, tandis que d’autres ont plusieurs comptes chez différents fournisseurs. D’anciens portefeuilles peuvent également rester enregistrés sans être utilisés.
Le chiffre des comptes actifs mesure mieux l’utilisation récente, mais il ne correspond toujours pas au nombre de personnes uniques : un même individu peut avoir deux ou trois portefeuilles actifs.
L’ARTCI publie de son côté 26 880 005 abonnements au mobile money en mars 2026, mais ce chiffre ne couvre que les services rattachés à Orange, MTN et Moov dans son rapport trimestriel. Les données de Wave n’étaient pas disponibles. Il ne faut donc pas comparer directement cet indicateur avec le total tous fournisseurs de la BCEAO.
Compte bancaire et portefeuille mobile : deux réalités différentes
Un compte bancaire permet généralement d’accéder à des services comme le crédit, l’épargne rémunérée, les virements, les cartes bancaires ou les prélèvements.
Un portefeuille de monnaie électronique sert principalement à stocker une valeur numérique, effectuer des transferts et payer certains services.
Les deux systèmes se rapprochent progressivement, mais ils ne sont pas identiques.
Selon le Global Findex de la Banque mondiale, 51 % des adultes ivoiriens possédaient en 2021 un compte auprès d’une institution financière ou un compte de mobile money, contre 41 % en 2017. Cette définition agrégée ne permet pas de conclure que la moitié des adultes disposaient d’un compte bancaire traditionnel.
Une infrastructure économique de masse
En 2024, les comptes de monnaie électronique ivoiriens ont enregistré environ 2,55 milliards de transactions, pour une valeur cumulée proche de 55 700 milliards de FCFA.
Le pays comptait également :
- 424 562 points de service enregistrés ;
- 290 988 points de service actifs ;
- plus de 2,7 millions de commerçants enregistrés ;
- environ 1,17 million de commerçants actifs.
Cette infrastructure change la vie économique de plusieurs façons.
Elle réduit le besoin de transporter des espèces. Elle permet d’envoyer de petits montants sans voyager. Elle accélère le paiement des factures et facilite l’encaissement des commerçants travaillant sur les réseaux sociaux.
Elle crée également des activités : agents, sous-distributeurs, intégrateurs de paiement, développeurs, services de facturation et plateformes de commerce.
Tous ces emplois ne sont pas nécessairement formels ou bien rémunérés. Mais ils montrent que le mobile money est devenu un secteur économique à part entière.
PI-SPI : faire communiquer banques et portefeuilles
La prochaine étape est l’interopérabilité.
La BCEAO a officiellement lancé le 30 septembre 2025 sa Plateforme interopérable du système de paiement instantané, appelée PI-SPI. Elle doit permettre des transferts immédiats entre les comptes détenus auprès des banques, établissements de monnaie électronique, institutions de microfinance et établissements de paiement participants.
La liste des participants autorisés continuait de s’élargir en avril 2026, avec plusieurs institutions ivoiriennes.
Cela ne signifie pas encore que tous les portefeuilles et toutes les applications se parlent automatiquement pour tous les utilisateurs.
L’accès dépend de la participation du fournisseur, de l’intégration dans son application et des services effectivement proposés au public. L’infrastructure régionale est opérationnelle ; son adoption de masse reste à mesurer.
Une révolution encore incomplète
La croissance du nombre de lignes masque plusieurs fractures.
La première concerne l’équipement. Un abonnement internet ne garantit pas la possession d’un smartphone suffisamment performant.
La deuxième concerne la qualité. Une zone peut être déclarée couverte tout en offrant un signal faible à l’intérieur des habitations ou à certaines heures.
La troisième concerne le coût. Le prix nominal d’un forfait ne dit pas tout : sa durée de validité, son volume, la vitesse disponible et la qualité du réseau comptent également.
La quatrième concerne les compétences. Une personne peut posséder un smartphone sans savoir sécuriser son compte, distinguer un faux lien ou effectuer une démarche numérique complexe.
La fraude, nouveau risque quotidien
La circulation massive d’argent par téléphone attire les fraudeurs.
Les méthodes les plus fréquentes reposent sur le faux agent, la fausse erreur de transfert, la promotion imaginaire, le lien malveillant ou l’appel demandant un code secret.
Cinq réflexes avant de valider une opération
- Ne jamais communiquer son code secret ou son code à usage unique.
- Vérifier le nom et le numéro du destinataire avant validation.
- Ne pas exécuter une instruction dictée par un appelant inconnu.
- Contacter soi-même le service client par un canal officiel.
- Signaler immédiatement toute opération suspecte.
Les opérateurs rappellent qu’un agent légitime ne demande pas le code secret d’un client par téléphone ou par message.
La protection ne peut toutefois pas reposer uniquement sur la vigilance des victimes. Les opérateurs, banques et autorités doivent améliorer l’identification des comptes, les alertes, les mécanismes de recours et la rapidité de blocage des transactions frauduleuses.
Ce que cela change pour vous
Vous êtes commerçant ou artisan
Accepter un paiement numérique permet de vendre à un client qui ne possède pas d’espèces. L’interopérabilité devrait progressivement réduire la nécessité de multiplier les portefeuilles.
Vous vivez en zone rurale
Le téléphone peut devenir le premier point d’accès aux transferts, aux prix agricoles et à certains services. La couverture réelle et la disponibilité d’un agent disposant d’espèces restent toutefois déterminantes.
Vous êtes étudiant
Le téléphone est souvent la principale porte d’entrée vers les cours en ligne, les résultats, les paiements et les démarches universitaires. Le coût de la data et la qualité de l’appareil peuvent créer de fortes inégalités.
Vous êtes entrepreneur numérique
La profondeur du marché ne se mesure pas seulement aux 60 millions de lignes. Les indicateurs les plus utiles sont le nombre d’utilisateurs actifs, les usages, les revenus et la capacité des clients à payer régulièrement.
Vous êtes parent
Le premier téléphone d’un adolescent est désormais une question d’éducation financière et numérique : mots de passe, vie privée, arnaques, dépenses et temps d’écran doivent être appris comme les règles de prudence dans la rue.
Les chiffres clés
| Indicateur | Valeur | Date |
|---|---|---|
| Densité du téléphone fixe | 1,03 ligne pour 100 habitants | 1997 |
| Pénétration mobile | 0,26 abonnement pour 100 habitants | 1997 |
| Pénétration mobile | 4,46 abonnements pour 100 habitants | 2001 |
| Abonnements mobiles | 60 155 998 | Mars 2026 |
| Abonnements au fixe | 235 855 | Mars 2026 |
| Abonnements internet mobile | 40 912 479 | Mars 2026 |
| Abonnements internet fixe | 816 207 | Mars 2026 |
| Personnes utilisant internet | Environ 41 % de la population | 2024 |
| Comptes de monnaie électronique ouverts | 99 649 204 | Décembre 2024 |
| Comptes actifs sur 90 jours | 26 370 627 | Décembre 2024 |
| Transactions de monnaie électronique | 2,55 milliards | 2024 |
| Valeur des transactions | Environ 55 700 milliards de FCFA | 2024 |
Frise chronologique
| Date | Évolution |
|---|---|
| 1960-1990 | Réseau fixe limité, principalement urbain |
| 1994 | Début du service cellulaire commercial avec Comstar/Cora |
| 1996 | Développement de la concurrence GSM |
| 1997 | Privatisation de Citelcom et forte accélération du mobile |
| Années 2000 | Généralisation des cartes prépayées et du multi-SIM |
| 2008 | Lancement d’Orange Money en Côte d’Ivoire |
| Années 2010 | Essor de la 3G, de la 4G et du paiement mobile |
| 2021 | Développement de Wave et intensification de la concurrence tarifaire |
| 30 septembre 2025 | Lancement officiel de PI-SPI par la BCEAO |
| Mars 2026 | Plus de 60 millions de lignes mobiles et près de 41 millions d’abonnements internet mobile |
Ce qu’il faut surveiller
Les prochaines années devront être évaluées avec des indicateurs plus précis que le simple nombre de cartes SIM :
- utilisateurs mobiles uniques ;
- possession réelle d’un smartphone ;
- prix effectif du gigaoctet ;
- qualité du réseau en dehors des grandes villes ;
- comptes de mobile money actifs ;
- utilisateurs financiers dédupliqués ;
- paiements auprès des commerçants ;
- adoption réelle de PI-SPI ;
- nombre et traitement des fraudes ;
- accès des femmes et des ménages modestes au numérique.
Du téléphone dans la poche à l’économie dans le téléphone
La Côte d’Ivoire n’a pas attendu de raccorder chaque foyer au téléphone fixe pour entrer dans l’économie numérique.
Elle a adopté le mobile, le prépayé, la data puis la monnaie électronique. En une génération, l’appareil qui servait à parler est devenu une boutique, un média, une caisse et un portefeuille.
La grande révolution ne réside donc pas seulement dans les 60 millions d’abonnements recensés.
Elle réside dans la baisse du coût de la distance : moins de déplacements, moins d’attente, un accès plus rapide aux clients, à l’information et à l’argent.
La prochaine étape sera moins spectaculaire mais plus décisive : améliorer la qualité, réduire les inégalités d’accès, sécuriser les transactions et publier des indicateurs permettant enfin de savoir non seulement combien de lignes et de comptes existent, mais combien de personnes les utilisent réellement.
L’essentiel à retenir
- En 1997, la Côte d’Ivoire comptait environ une ligne fixe pour 100 habitants.
- La concurrence, le prépayé et les antennes ont permis au mobile de progresser beaucoup plus vite que le fixe.
- Le pays comptait 60,16 millions d’abonnements mobiles en mars 2026, mais pas 60 millions d’utilisateurs différents.
- Les abonnements à l’internet mobile atteignaient 40,91 millions, alors qu’environ 41 % de la population utilisait réellement internet en 2024.
- Fin 2024, 99,65 millions de comptes de monnaie électronique étaient ouverts, mais seulement 26,37 millions avaient été actifs dans les 90 jours précédents.
- Un compte actif n’est toujours pas un utilisateur unique : une personne peut détenir plusieurs portefeuilles.
- Le mobile money a traité près de 55 700 milliards de FCFA de transactions en 2024.
- PI-SPI ouvre la voie aux paiements instantanés entre fournisseurs, mais sa généralisation auprès du public reste à mesurer.