Rouler au gaz de cuisine : économie ingénieuse ou danger public ?

Le butane est subventionné pour les cuisines, mais une partie alimente clandestinement des véhicules. Qui économise et qui paie réellement ?

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Rouler au gaz de cuisine : économie ingénieuse ou danger public ?
ROULER AU GAZ DE CUISINEÉCONOMIE OU DANGER ?
Le gaz butane est subventionné pour permettre aux ménages de cuisiner à moindre coût. Pourtant, une partie de ce produit est détournée vers des véhicules après des transvasements clandestins. Ce qui paraît être une économie pour certains conducteurs déplace en réalité le coût et le risque vers les passagers, les riverains et les familles.

Pourquoi certains véhicules utilisent du butane

Le mécanisme est d'abord économique. En Côte d'Ivoire, le prix du gaz domestique est soutenu par l'État afin de le rendre accessible aux ménages. En août 2026, la bouteille de 6 kg reste vendue à 2 000 FCFA et celle de 12,5 kg à 5 200 FCFA.

Ce prix encadré crée une différence avec les carburants vendus à la pompe, dont le litre de super atteint 905 FCFA depuis le 1er août. Des réseaux clandestins récupèrent donc des bouteilles destinées aux cuisines, transvasent leur contenu au moyen de machines non autorisées et l'utilisent pour alimenter des véhicules, en particulier des véhicules de transport en commun et des taxis communaux, à Abidjan comme à l'intérieur du pays.

Les autorités ne publient pas d'estimation précise de l'économie réalisée par ces conducteurs. La Direction générale des hydrocarbures considère cette pratique comme illégale et mène des opérations de démantèlement depuis plus de trois ans.

La campagne s'est intensifiée en 2026. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, environ 1 300 bouteilles et une vingtaine de machines ont été saisies à Bouaké. En janvier, plus de 4 500 bouteilles et une vingtaine de machines avaient été saisies à Daloa. Début mai, les opérations menées à Soubré, Lakota et Divo avaient permis d'en retirer 1 500 de plus. D'autres interventions ont visé Man, Gagnoa, Duékoué, Yamoussoukro et San Pedro.

Sur les seules opérations détaillées par le gouvernement, cela représente déjà plus de 7 000 bouteilles retirées du circuit en 2026.

Une économie individuelle financée par la collectivité

La subvention du butane a une finalité sociale : aider les familles à cuisiner sans retourner massivement au charbon de bois ou au bois de chauffe. Lorsqu'une bouteille subventionnée alimente une voiture, une partie de l'effort public bénéficie à un usage qui n'était pas prévu.

Le conducteur peut avoir l'impression de payer moins cher son déplacement. Mais la collectivité prend en charge une partie du produit, tandis que les ménages supportent les conséquences possibles : bouteilles moins disponibles, files d'attente, spéculation ou remplissage frauduleux.

Le gouvernement signale également une autre pratique : le contenu des bouteilles de 6 kg, les plus subventionnées, est transvasé vers des bouteilles de 12 kg remises en circulation. Le consommateur risque alors de payer une bouteille qui n'a pas reçu la quantité attendue.

Toutes les difficultés d'approvisionnement ne viennent pas du détournement : la logistique, le stockage et la distribution comptent aussi. Selon le ministère des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, la demande nationale de butane progresse d'environ 10 % par an.

Le vrai danger vient des installations clandestines

Un véhicule conçu et homologué pour fonctionner avec un carburant gazeux n'est pas comparable à une voiture modifiée dans un atelier clandestin. Le problème dénoncé en Côte d'Ivoire concerne le butane domestique, le transvasement illégal et les équipements non autorisés.

Une bouteille de cuisine et une installation improvisée ne sont pas pensées pour résister aux contraintes d'un véhicule : chaleur, vibrations, chocs, circulation dans les embouteillages et stationnement dans des espaces fermés.

Les autorités alertent sur les risques d'incendie et d'explosion pour le conducteur, les passagers, les mécaniciens et les habitants proches des centres de transvasement. Le danger ne se limite donc pas à celui qui choisit cette solution.

Ce que ça change pour vous

  • Ménages : une bouteille détournée est une bouteille retirée du circuit domestique.
  • Passagers : demandez-vous quel système alimente réellement le véhicule emprunté.
  • Conducteurs : une économie immédiate ne compense pas le risque mécanique, humain et légal.
  • Revendeurs : le transvasement sans autorisation expose à des saisies et à la fermeture du site.
  • Consommateurs : vérifiez le poids, le scellé et l'état général de la bouteille achetée.

Exemple chiffré : ce que représente une saisie

Si les 1 300 bouteilles saisies à Bouaké avaient toutes été des bouteilles de 6 kg, elles auraient représenté :

1 300 × 6 kg = 7,8 tonnes de butane

Elles auraient aussi correspondu à 1 300 recharges domestiques potentielles. Cette simulation donne seulement un ordre de grandeur : les autorités n'ont pas précisé la taille de chaque bouteille saisie.

Ce qu'il faudra surveiller

La campagne de contrôle devrait se poursuivre sur le territoire. Les points à observer sont le nombre de sites démantelés, les sanctions réellement appliquées, la traçabilité des bouteilles et l'évolution de leur disponibilité dans les quartiers.

L'enjeu ne consiste pas seulement à arrêter quelques transvaseurs. Il faut aussi réduire l'intérêt économique du trafic, contrôler les circuits de distribution et protéger les ménages pour lesquels la subvention a été créée.

Le gaz de cuisine bon marché n'est pas un carburant automobile à bas prix. Dès qu'il quitte le circuit domestique pour entrer clandestinement dans un véhicule, l'économie apparente devient un risque payé par tout le monde.

Sources